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LA LÉGENDE yennayer et la vieille bergère 2am

LA LÉGENDE yennayer et la vieille bergère 2am

LA LÉGENDE yennayer et la vieille bergère 2am

Amachahou ! Que mon conte soit beau et se déroule comme un long fil ! Crie Lhacen-l’ancien et nous nous taisons tous.
- Il était une fois une vieille bergère fort belliqueuse qui gardait ses chèvres dans une clairiere près d’un immense caroubier. C’était au temps où les animaux, les végétaux, et les humains parlaient la même langue ! La nature avait alors ses propres protecteurs, des dieux champêtres et forestiers, sylvains, nymphes et autres satyres. Mais aussi ses prédateurs : Les animaux fabuleux des légendes berbères comme Tseriel , l’ogresse capable d’avaler un troupeau de bœufs, Waghzen, le cyclope ou encore Lafaa, l’hydre à sept têtes qui sévit dans les sources et enfin les Jnoun, esprits malfaisants qui hantent les marécages et les eaux stagnantes.
Il faisait doux.
Les chèvres et les boucs broutaient langoureusement, alors que le jour déclinait. Le soleil incendiait les ultimes cumulus sur les mamelons des collines ! La bergère prise d’une soudaine folie s’adressa à Yennayer :
-Toz, Toz, Yennayer, tu as usurpé ta réputation, te voilà dans ton dernier jour et tu n’as pas causé un seul frisson !
Yennayer, qui entend tout ce qui se dit durant son mois fut blessé par tant d’ingratitude, lui qui avait décidé de ne pas souffler le froid pour permettre aux animaux frileux comme les chèvres de sortir brouter l’herbe et les feuilles des arbrisseaux. Il se plaignit à Ifrou, le dieu des éléments. Celui-ci lui donna carte blanche :
- Je sais que tu es l’ami des herbivores, tu leur accordes toujours du répit pour qu’ils s’alimentent, mais tu es aussi le mois du froid, libère donc tes forces, la nature a besoin de neige et de glace. dit Ifrou ,le Dieu de la Foret ! Conforté Yennayer, notre mois de Janvier, décida de se venger, sa colère n’avait plus de limite.
Lhacen-l’ancien conte, le regard couvant la dizaine d’enfants pris au piège du monde fantastique et merveilleux fabriqué par l’imagination fertile du vieux paysan !
- Et qu’est-ce qu’il a fait ? Demande Madel, l’enfant au nom d’étoile.
- Sa trentaine terminée, il s’en alla emprunter un jour à Fourar, le mois de février !
Les mois et les jours s’interpellaient alors avec des poèmes !
« Frère Fourar, l’ami des carnassiers
De ta trentaine, prête-moi un jour
Une bergère mal élevée m’a insulté !
L’ingrate n’apprécie pas mon amour,
Je m’en vais de ce pas la corriger
Pour ce faire, j’ai besoin d’un jour ! »
Plus méchant que Yennayer, Fourar, l’ami des belettes, chacals et des renards, exultait à la perspective de voir trépasser les chèvres et les boucs. Il y aura tellement de viande pour tous les carnassiers de la forêt pour le restant de l’hiver !
Ainsi Fourar perdit une journée et se retrouva avec vingt neuf jours et Yennayer en gagna une pour en avoir trente et une !
-Et que s’est-il passé après, dirent les enfants en chœur ?
-Il fit un froid de canard. Il a plu et neigé, la contrée fut gelée. La vieille bergère sortie chercher du feuillage pour ses chèvres affamées fut ensevelie par la tempête et disparut sous d’immenses congères. Yennayer eut sa revanche et depuis ce temps nous savons pourquoi le dernier jour de Yennayer est terriblement frais !
- Et quelle est la morale de ce conte, Oncle Lhacen ?
- On n’insulte pas impunément la nature ! Dans les croyances anciennes de nos ancêtres, l’homme est l’égal des autres éléments de la nature, l’animal, l’arbre, la roche, l’insecte, l’eau, l’air …il doit se comporter dans le respect absolu de toutes les créatures et protéger la nature .
- Et comment on ferme le conte ? dit Lhacen aux enfants.
- On clique sur « quitter » et on attend qu’il s’éteigne, dit le malicieux Samy.
- Impoli, que raconte-t-il encore ?
- On dit : « Mon conte coulera comme la rivière, dans les mémoires des enfants clairvoyants » ! Crie Tariq-l’espiègle.
Jedjiga et Tassadit confectionnent Tounticht, des repas et des plateaux de fruits à offrir aux voisins, à la lumière de trois gros quinquets à gaz butane.
- N’oublie par la part des absents, dit Marjana.
- On l’offrira demain tôt dans la matinée, à la porte du cimetière.
Les enfants demandaient un autre conte, alors que la vieille Marjana décida : « c’est l’heure d’aller dormir et rêver du petit déjeuner de Yennayer, de délicieux beignets au sucre et à la compote de coings, une gelée de caroube à l’huile d’olive et des galettes chaudes au lait de chèvre »
Conte de Dda Rachid Oulbsir . Extrait du Roman "Les derniers Kabyles" p 337
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